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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 08:44

Et voilà déjà le 2 février.  Je me retrouve avec mon équipe sur la ligne de départ en 4ième position.

 

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Cécile, Marcelle, Juliette, Phil.

 

 Les chiens sont maintenant habitués à la foule et démarrent en trombe sur le fleuve Yukon.

 

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 Les 30 premiers kilomètres, la piste est molle. Les chiens brassent une neige de printemps ressemblant à du gros  sel.  Le rythme est lent, mais c’est pour tout le monde pareil.

Nous dépassons sans tarder le dossard nr 2, Colin Morrison, qui a un traîneau hyper chargé. On dirait qu’il part pour une semaine en autonomie complète.  Cela me rappelle mes premières courses où mon traîneau pesait le double de ceux des autres concurrents.

Nous sommes maintenant  3 équipes d’Annie lake road l’une derrière l’autre. Tamra Reynold, Yuka Honda et moi.

En fait, je ne m’occupe pas trop des autres. Mon but est de terminer la course avec des chiens en forme. C’est un entraînement pour mon projet 2014, l’Iditarod. Je vais essayer d’améliorer ce que je peux dans ma planification et mon entraînement.

Aujourd’hui, c’est le 87e anniversaire de mon ami Robert. Je l’embarque mentalement dans mon traîneau et lui raconte des histoires sur la piste et sur les chiens.

Sur l’Overland, la piste s’améliore. Les conditions sont excellentes jusqu’à Braeburn. Nous avons même droit à de belles aurores boréales.

Le premier jour, c’est un ballet de dépassements et re – dépassements. Ce n’est pas drôle car mes leaders, Mr. X et Morrison ne sont pas encore au point mais c’est un bon exercice.

Quand je vois des attelages dont les chiens sont complètement découragés à 10 km du point de contrôle, je savoure le fait que les miens connaissent la piste et accélèrent à l’idée d’arriver bientôt.

Morrison niaise, il essaie de séduire Pluton qui est derrière lui. Elle n’est pas en chaleur car elle est opérée. Je change. Je mets Pluton en avant et Morrison à l’arrière.

À Braeburn, mon trio de handlers m’attend : Juliette, Cécile et Phil. On me parque à l’autre bout du champ. Je vais devoir faire de la marche à pied pour aller chercher mes affaires.

 Beaucoup d’attelages de la grande course sont encore là.

Je suis contente des chiens. Ils connaissent la routine. La paille arrive, ils se reposent. La gamelle arrive, ils se jettent dessus. Une fois que je les ai installés sous leur couverture, ils s’endorment.

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 Le repos des chiens.

 

Mon plan A, qui en général ne fonctionne pas, est de donner un bon 6 heures de repos dans les points de contrôle et de faire un repos court de 3 h sur la piste pour donner une soupe et changer les bottines.

Le point de contrôle de Braeburn, c’est toute une ambiance. Je réussis à m’empiffrer et à trouver un lit pour m’allonger 2 heures.

Nous repartons  comme prévu en direction de Carmacks. Sur le premier lac, 10 miles lake, le vent souffle comme la gale. On ne voit plus la trace. Heureusement qu’il y a les  balises. Les chiens brassent. Je pense que la route sera lente et longue. Il faut souvent changer les bottines qui se remplissent de neige.

Quand nous arrivons sur le lac Coghlan, je suis contente de constater que le vent est dans le dos.

Malgré que le chalet Coghlan est habité, cette fois Mr. X n’insiste pas. À mon ordre, il continue sa route.

Sur ces lacs, je ne peux m’empêcher d’admirer le travail des rangers, les patrouilleurs qui ont préparé la piste. Ils nous font éviter tous les trous d’eau et d’overflows.

Je campe à mi-chemin pour donner la soupe.

À la cabane de Clair lake, Mr. X essaie d’y aller. Je finis par le convaincre de continuer.

Je fais la pause à mi-chemin sur Chains of lakes. Là, je constate que j’ai perdu mon repas que j’avais mis dans les poches de mon parka. Je l’ai enlevé plusieurs fois, tellement il fait chaud. Mon repas a dû tomber à ce moment là.

 Après Mandana lake, nous traversons une section appelée « Ping Pong Alley ». Ce sont des petits talus très raides avec  un contour à 90 degrés en bas. Je préfère freiner pour éviter de blesser un chien. Nous replongeons 3 fois sur le fleuve Yukon et faisons quelques zones dans les blocs de glace. (Jumbled ice).  La 3 fois, les chiens sentent la civilisation. Nous ne tardons pas à arriver à Carmacks.

Ici, c’est un arrêt de 6 heures obligatoire + l’ajustement de notre temps de départ.  C’est la routine du point de contrôle : La paille, la bouffe, les massages. C’est aussi le contrôle vétérinaire. Mon chien Carmack a vomi son dernier snack.  Ce n’est pas grave selon la vétérinaire, mais je préfère le laisser là aux bons soins de mes handlers.  Les autres sont en forme.

Je mange et me repose un moment avant de retourner préparer les chiens pour la suite.

En repartant de Carmacks, je pense à la Yukon Quest 2005. Les chiens avaient traîné dans les 20 km de montée en sortant de Carmack. Aujourd’hui, ils avancent régulièrement. Je suis contente.

Nous plongeons 4 fois sur le fleuve avant d’arriver à Mc Cabe. Nous avons droit à un magnifique parhélie autour du soleil. À Mc Cabe, l’accueil par la famille Kruse, les propriétaires de la ferme, est toujours aussi sympathique.  Je donne la soupe aux chiens et vais me restaurer. Il fait beau et chaud. Je fais la sieste dehors avant de remettre les bottines et de repartir pour Pelly Crossing.

 

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La sieste à Mc Cabe.

 

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Parhélie matinale.

 

Nous repartons sous les magnifiques couleurs du soleil couchant. 

Nous suivons la ligne électrique pendant quelques kilomètres et traversons quelques forêts brûlées.  L’overflow (eau sur la glace) le pire est en bas un talus. Je n’ai pas le temps de réaliser qu’il y a un gros trou à l’eau clair au milieu de la piste que Mr X nous emmène au sec  en fauchant quelques buissons à côté de la piste! Un peu plus loin, d’habitude, nous traversons une série de marais où l’eau nous monte jusqu’aux genoux. Une chance, cette année, ces marais ne sont même pas gelés. Les patrouilleurs ont été obligés d’ouvrir une piste à côté.

 

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Les couleurs du soleil couchant.

 

Cela peut paraître surprenant qu’avec 6 semaines en-dessous de moins 30, certains marais ne gèlent pas. En fait, ils contiennent du méthane, du souffre et de l’eau tiède.

Nous traversons 4 lacs avant d’arriver dans la forêt au-dessus de Pelly Crossing. Mr.X accélère. Il sait exactement où nous sommes. Nous dévalons les talus à grande vitesse avant de rejoindre le village.

Les chiens sont en forme. Ils mangent et se reposent. Normalement nous partons à Stepping Stone par la rivière Pelly et revenons par la route de Pelly Farm. Il paraît que la rivière est pleine d’overflows et  impraticable. Nous allons faire l’aller et retour par la route.

Je pars un peu avant 2h et je compte mettre environ 12 h incluant un arrêt de 2 h au milieu. La route de la ferme est très vallonnée, nous avançons lentement dans les montées et je freine dans les descentes pour éviter de blesser un chien. Si on les laisse courir à fond, ils peuvent facilement se blesser aux épaules.

La petite Olive se décourage. Je décide de la prendre dans le traîneau. Quand elle voit le sac où je vais la mettre, elle panique et je la laisse échapper. Elle file direction Pelly Crossing.   Je pense que ma course vient de se terminer car il faut que le la récupère donc que je fasse demi-tour, mais finalement, elle revient dans ma direction. J’ai le réflexe de sortir un snack. Elle se précipite dessus et je la rattrape. Ouf! Il faut dire qu’Olive n’est pas née dans mon chenil. Je l’ai adoptée au printemps dernier. Elle panique facilement. Je l’installe donc dans mon traîneau sans le sac. Elle reste tranquille jusqu’à Stepping Stone. Les derniers kilomètres sur la rivière Pelly sont sinistres. Il fait nuit et nous sommes en plein brouillard. J’aperçois à peine les balises.

Stepping Stone est une cabane privée où une équipe de personnes bénévoles prennent leurs jours de vacances pour venir accueillir les mushers. Ils ont voyagé en motoneige. La cabane est chauffée. Nous pouvons sécher nos affaires. Ils font de la bonne bouffe. Carole, la propriétaire, me sert une délicieuse lasagne. On peut se reposer. Ils nous préparent de l’eau pour les chiens. Pour moi, ces cabanes au milieu de rien du tout, comme Scroggie, Slaven, 40 miles font partie de l’âme de la Quest. J’apprécie fortement cet arrêt, même si  je me fais dépasser par 2 concurrents  pendant ce temps. De toute manière, je ne vais pas faire 10h de route sans donner à boire aux chiens. Je change aussi les bottines.  La petite Olive a rejoint les rangs et elle est en pleine forme.

Nous repartons par la piste de Great river Journey avant de longer la ferme et de rejoindre la route. À la croisée, la course de  1000 miles est à gauche pour Scroggie et la course de 300  est  à droite. Bien entendu, Mr X ne veut rien savoir de partir à droite. ..Il doit vraiment ressentir mes impressions car moi aussi, j’aurais envie d’aller à gauche…

Nous voilà dans les derniers 50 kilomètres.  Je croise quelques attelages. Cela signifie que je ne serai pas la dernière!

Des arbres sont tombés sur la route. Je n’ai pas envie de bûcher alors, je rampe sous les troncs.

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Quelques heures plus tard, nous arrivons à Pelly Crossing et franchissons la ligne d’arrivée en 6e position.

 

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À l’arrivée.

 

Je constate que le fait que les chiens connaissent la piste et la routine de la course facilite grandement. Ils ne me regardent plus en se demandant où nous allons. Finalement, mon plan A a fonctionné.

Le banquet de remise des prix se déroule à Pelly Crossing. Nous sommes accueillis par la communauté Autochtone. Les jeunes de l’école ont préparé toute la nourriture. Ils s’occupent aussi du service. Certains ont fait des dessins. Chaque musher a son dessin affiché sur le mur.

Le Yukon Quest, ce n'est pas seulement la course. C'est aussi toute l'organisation autour. Plus de 400 bénévoles côté canadien et probablement autant côté Alaska. Les juges, les bénévoles, les vétérinaires, les patrouilleurs, les handlers forment comme une famille autour du musher. Merci à tous.

Merci les chiens : Mr. X, Pluton, Morrison, Cochise, Olive, Beaver, Lola, Beige, Cheyenne, Baïkal, Arkell et Carmack.

Ce dernier a bien récupéré.

 

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L’équipe à l’entraînement.

 

Merci à mes handlers pendant la course : Phil, Juliette et Cécile.

Merci à mes handlers au chenil : Laetitia et Johan.

Merci à Gilles et à toutes les personnes qui m’ont aidée et encouragée.

En route pour de nouvelles aventures avec le projet « Iditarod 2014 ».

English version will be ready soon.

 

 

 

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Published by marcelle-fressineau
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